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Vu du cockpit · · 7 min de lecture

Pourquoi vos campagnes publicitaires déçoivent alors que le plan était bon

Quand le reporting arrive après la campagne, il est trop tard pour corriger. Qui doit arbitrer, quand et sur quels critères, pendant qu'elle tourne ?

Une campagne publicitaire qui déçoit perd le plus souvent son argent pendant sa diffusion, parce que personne ne voit les résultats à temps et que personne n'a reçu le mandat de corriger. Si vous signez des budgets marketing, la parade tient en quelques décisions à prendre avant le lancement : qui arbitre, et sur quels critères.

J'ai vécu cette situation de l'intérieur, avec des campagnes à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Ce qui suit vient de là.

Pourquoi une campagne bien préparée peut-elle perdre de l'argent ?

Quand une campagne déçoit, le réflexe est d'accuser la stratégie : le message était mal choisi, le contenu pas bon ou la cible trop large. C'est parfois justifié. Dans la plupart des cas que j'ai vus, pourtant, le plan tenait la route. L'argent s'est perdu entre le lancement et le bilan.

À ce moment-là, deux choses cassent presque toujours. La première est la visibilité. Le reporting arrive à la fin de la campagne, parfois quelques semaines après. Il raconte ce qui s'est passé, à un moment où l'on ne peut plus rien en faire. Une publicité qui décroche la deuxième semaine continue à dépenser jusqu'à la dernière, et on l'apprend quand le budget est consommé.

La seconde est la décision. L'agence exécute, le marketing valide, la direction finance. Chacun suppose que quelqu'un d'autre surveille. Quand un chiffre se dégrade, personne n'a clairement le rôle de couper ou de réallouer. Même quand les données existent, peu d'annonceurs apportent une action corrective à leur campagne en cours de route.

Ces deux failles relèvent de l'organisation. Elles coûtent de l'argent chaque jour où la campagne tourne, et elles se règlent avant le lancement.

Que coûte une campagne sans arbitrage en cours de route ?

Chez un annonceur multimarque sur le marché belge, j'ai vu ce scénario se répéter. Chaque campagne engageait plusieurs dizaines de milliers d'euros. Les équipes étaient compétentes et l'agence média reconnue. Pourtant, pendant que les campagnes tournaient, nous n'avions aucune vue sur les performances au jour le jour.

Le reporting arrivait toujours trop tard, souvent quand la campagne était terminée et le budget dépensé. Nous apprenions alors ce qui avait fonctionné, et aussi ce qui n'avait pas fonctionné. Faute d'arbitrage pendant la diffusion, nous avions continué à financer ce qui n'allait pas.

Un exemple revenait souvent : une vidéo trop longue, ou dont l'accroche des trois premières secondes ne retenait personne. Ce genre de défaut se lit dans les chiffres après quelques jours. On peut alors mettre le contenu en pause, couper la dépense qui brûle le budget ou proposer une autre version. Ces décisions sont simples à prendre, pour peu qu'on ait l'information à temps et quelqu'un autorisé à agir.

Les plateformes confirment que tout se joue très vite. Meta a raccourci sa définition d'une vue engagée de 10 à 5 secondes, en indiquant que 46 % des conversions d'achat en ligne sur Reels se produisent dans les deux premières secondes d'attention. Une vidéo qui rate son ouverture perd l'essentiel de son effet, et chaque jour de diffusion supplémentaire se paie.

L'argent perdu de cette façon ne figure dans aucun bilan. Il se dilue dans des campagnes jugées correctes, qui auraient pu être nettement meilleures avec quelques ajustements.

Et le montant exposé grandit avec la part du digital. En Belgique, le digital a représenté 41,9 % des investissements publicitaires dans les médias en 2024, selon le benchmark de l'UMA et de l'UBA. Ce chiffre est sans doute sous-estimé : il repose sur les déclarations des agences et des annonceurs participants, et une partie des achats faits en direct sur les grandes plateformes lui échappe. Chez certains annonceurs que je connais, le digital dépasse aujourd'hui 90 % du budget média. Ce sont justement les canaux où l'on peut corriger une campagne en quelques minutes, à condition que quelqu'un le fasse.

41,9 %des investissements publicitaires médias en Belgique passent par le digital (2024)
46 %des conversions d’achat sur Reels se jouent dans les deux premières secondes d’attention
15 minpar semaine pendant la campagne, consacrées aux décisions

Sources : UMA et UBA, Digital Benchmark 2024 ; Meta, via CB News.

Qui doit décider pendant une campagne, l'agence ou l'annonceur ?

Mon avis est net : l'agence exécute et propose, l'annonceur décide. Confier l'achat média à un prestataire est souvent un bon choix. Lui laisser seul le soin de juger si votre argent travaille l'est beaucoup moins, parce que vous êtes le mieux placé pour connaître vos marges et vos priorités du moment.

Les annonceurs belges en ont conscience. Dans l'étude The Future of Advertising in Belgium, publiée en septembre 2023 par Deloitte et l'UBA, la publicité pilotée par la donnée figure parmi les grandes tendances qui transforment le secteur. L'étude consacre aussi un chapitre entier aux compétences des équipes et des dirigeants.

Pour une PME, une seule personne suffit : quelqu'un, en interne, qui sait lire quelques indicateurs et qui a le droit d'agir dessus. Ce peut être le dirigeant lui-même, ou la personne qui gère le marketing. Son rôle consiste à trancher sur la base des chiffres et de la proposition de l'agence, sans refaire le travail de celle-ci.

Une condition pratique s'ajoute : garder la main sur ses propres comptes publicitaires. Sur Google Ads, si l'agence crée le compte depuis son propre compte administrateur, c'est elle qui en devient propriétaire. Meta fonctionne autrement et sépare la propriété du compte de l'accès accordé à un partenaire. Vérifiez à la signature que les comptes sont au nom de votre entreprise et que vous y avez un accès complet. Sinon, vous dépendez entièrement de ce que l'agence choisit de vous montrer.

Comment piloter une campagne publicitaire pendant qu'elle tourne ?

Le suivi d'une campagne publicitaire se décide avant le lancement. Une fois la campagne en ligne, fixer les règles devient une négociation à chaque mauvais chiffre. Voici ce que je mets en place.

  1. Choisir peu d'indicateurs : un coût par résultat et un indicateur de résultat, auxquels on peut ajouter la part des personnes qui regardent une vidéo au-delà des premières secondes. Ils suffisent pour savoir si l'argent travaille.
  2. Fixer les seuils à l'avance. Au-delà de tel coût par résultat, on ajuste. En dessous de tel niveau après une semaine, on met en pause. Décidé à froid, appliqué sans débat.
  3. Nommer la personne qui décide, avec le mandat écrit de couper ou de prolonger. Un comité tranche trop lentement pour une campagne de quatre semaines.
  4. Installer un rendez-vous court et fixe : quinze minutes par semaine pendant la campagne, consacrées aux décisions. L'agence arrive avec les chiffres et une proposition, l'annonceur tranche.
  5. Garder un accès direct aux comptes publicitaires dès le premier jour, prévu dans le contrat.

Le rythme hebdomadaire a aussi une raison technique. Les plateformes publicitaires apprennent pendant les premiers jours d'une campagne, et des modifications trop fréquentes relancent cet apprentissage à zéro. Optimiser une campagne en cours consiste à laisser tourner ce qui fonctionne et à couper ce qui dépasse les seuils, une fois par semaine, sur des critères connus de tous. Retoucher la campagne chaque matin produit l'effet inverse de celui recherché.

Aucune de ces règles n'est compliquée. Elles restent rares parce qu'elles obligent à désigner un responsable avant que quelque chose tourne mal. Dans mon expérience, c'est ce choix qui sépare un budget dépensé d'un budget piloté.

Questions fréquentes

Mon agence doit-elle me donner accès au compte publicitaire ?

Oui, et le compte devrait idéalement appartenir à votre entreprise. Selon les règles de Google pour les tiers, l'agence doit vous communiquer les numéros client de vos comptes Google Ads si vous les demandez. Sur Meta, le compte publicitaire peut rester dans votre portefeuille professionnel, et l'agence y accède comme partenaire.

À quelle fréquence suivre les résultats d'une campagne ?

Une fois par semaine suffit dans la plupart des cas, à condition d'avoir fixé des seuils à l'avance. Un coup d'œil quotidien sert à repérer un incident, comme un budget qui s'emballe ou une publicité refusée, sans modifier la campagne chaque jour.

Faut-il un outil payant pour suivre ses campagnes ?

Pour une PME, les interfaces de Google Ads et de Meta suffisent pour commencer. Un outil qui regroupe plusieurs canaux devient utile quand ceux-ci se multiplient. Dans tous les cas, l'outil compte moins que la personne qui lit les chiffres et ce qu'elle a le droit d'en faire.

Sources

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